mardi 11 septembre 2007

Distraction





De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages, l'opuscule de Mathias Debureaux possède un sous-titre encore plus sonnant : Le manuel du parfait exploraseur.
Il a été publié en juillet 2007 aux éditions Cavatines.


Voilà de quoi décourager tous les « sacs à dos », « backpackers » qui se précipitent aux étapes dans les cybercafés pour compter leurs aventures, à l'attention du monde entier peut-être, mais plus sûrement à celle de leurs copains, attention qui peut s’élargir jusqu’à celle de leurs voisins de palier.

Quant à moi il m'a donné l'occasion de me poser trois problèmes qui m'avaient paru sans intérêt avant de lire son ouvrage.
Le premier est de savoir pourquoi je continue de voyager et de me dire les rares fois ou je vois la terre, depuis le hublot de mon avion, que j'assiste à un spectacle grandiose alors que je peux regarder mieux et pour infiniment moins cher depuis Google dans mon fauteuil de salon sans plus ou moins de vent, ni de parfum d'aventure. Si j’ajoute que pour un pays, le Laos par exemple, quelques belles photos pour juger des monuments et un guide pour tout expliquer, j’exploserai dans ses secrets sur lui mieux qu'en allant m'écarquiller les yeux sur des environnements dont a priori j'ignore tout et dont je resterai ignorant après avoir oublié de les avoir mal vus.
Comme il est écrit au dos de l'excellent livre de Mathias Debureaux : « Chaque année, plus de 700 millions de touristes parcourent le monde. En 2010, ils seront 1 milliard à vous assommer avec leurs récits de voyages » je ne suis donc pas seul. Je tends plutôt vers la normalité. C’est peut-être la réponse à ma première question. Mais ce n’est certainement pas le : « Quand quelqu’un se rend compte que sa vie ne vaut rien, soit il se suicide soit il voyage » rapporté par le même auteur, ce serait inquiétant pour un phénomène de masse.

La seconde interrogation est de savoir pourquoi j'écris ce qui me passe dans la tête et… pour la première fois… Car je parcours depuis longtemps l'espace proche du piquet ou je suis attaché sans avoir eu le besoin de l'écrire ou de le confier à personne. Sur ce point je peux répondre sans détours, je n’en sais encore rien. Peut-être pour savoir si mon ordinateur marche encore, moi qui aie connu l’époque des cartes perforées et des disques de plus de 40 pouces, et partout. En tous les cas ce n’est pas l’appas du gain, ni la satisfaction donnée d’éventuels lecteurs. Ce serait plutôt puisque je ne me rappelle pas de ce que j’ai fait pendant très longtemps, pour me faire une mémoire pour mes vieux jours…

La troisième question est de savoir pourquoi la lecture de l'ouvrage de Mathias Debureaux ne m'empêche pas de continuer ce blog et ne me rend pas honteux d'écrire ces pages et celles qui suivront sans doute.
Pour cette troisième question, il est facile de répondre avec un peu de mauvaise foi : En rappelant qu'il commence son livre par une citation de Sacha Guitry : « Les voyages, ça sert surtout à embêter les autres une fois qu'on est revenu ».
En ce qui me concerne j'écris lorsque je suis en voyage et à mon retour personne ne paye pour lire ce que j’ai écrit. Je ne vais pas raconter à Vichy ou ailleurs, des séjours que d’autres n’ont pas pu faire, en costume, avec projections de films ou d’images qui ne seraient pas toujours sorties de mes appareils comme cela arrive parfois.
N’ayant pas de lecteurs connus je ne sens aucune obligation de ne pas raser quiconque. Je ne suis pas à la solde et je me réclame de tous ceux qui sans en avoir les moyens racontent aux comptoirs ou ailleurs ce qu’Huxley et d’autres plus connus dans ce domaine ont mieux qu’eux raconté de leurs voyages. Finalement, les voyages, ça ne sert pas qu’à rapporter de l’argent à ceux qui croient être devenus des professionnelles. Ca sert d’abord à faire plaisir à ceux qui les font et qui veulent s'en souvenir.
J’ai beaucoup aimé le livre de M. Debureaux.

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