


Le voyage en autobus depuis Luang Prabang est agréable pendant la moitié du voyage. On traverse des paysages de montagnes caractéristiques de la cordillère annamitique. Certaines peuvent être comparées aux îles de la Baie d'along émergeant des nuages. De profondes vallées cachent des rivières mystérieuses. De nombreux villages donne envie de s'arrêter, car ils ont l'air de vivre avec vigueur et entrain, d'autant plus qu'en ce dimanche où je fais le voyage, tous les enfants les animent. Dans des champs incroyablement pentus des paysans travaillent même en ce dimanche, tous les corps en contacts avec la terre, comme s'ils escaladaient une montagne. Je me suis demandé s'ils n'étaient pas encordés. Des zones d'écoulement des eaux pluviales essaient d'éviter l'érosion de ses terres des pentes. On a planté récemment des milliers d'arbres le long de la route, j'espère qu'ils ne cacheront pas trop les magnifiques paysages. En Europe on les coupe par mesure de sécurité… Il est vrai qu'ici la vitesse est réduite.
La plaine ayant été retrouvée, le trajet se banalise et devient même un peu long, malgré les prouesses du chauffeur pour éviter les jeunes buffles qui vagabondent sur la route.
Septembre et juin sont les mois les plus humides à Vientiane, pour visiter il vaut mieux prévoir. Mais souvent la pluie est clémente et ne s'abat que la nuit ce qui n'est pas le cas pendant ce séjour. Dois-je mettre des palmes pour aller déposer mon passeport à l'autre bout de la ville ou l'ambassade de Chine s'est mise au vert ?
Vientiane est toujours aussi calme et à tout dire ennuyeuse lorsqu'on la compare aux autres capitales du Sud-est Asiatique et même seulement aux grandes villes, Sihanoukville, Saigon et autres Hué, même Hanoï autre capitale un peu triste reste plus animée. En Lao on l’appelle « Viang Chan » cela signifie ville de la lune, qui y a t-il de plus triste qu’une lune dans un ciel vide ? En fait ce nom vient de la situation de Viang chan dans un croissant du Mèkong. Viang chan peut aussi signifier la ville du Santal.
Le monument à voir est le Patuxay qui date de 1969 et bien sûr le Pha That Luang, symbole du bouddhisme et de l’État, qui illustre la vie difficile de cette région, construit en 1566 sur un temple du 3°siècle, mis au sol par les siamois comme tout le reste de la ville en 1826, reconstruit par la France en 1900 puis en 1931. Le seul « vieux » monument qui résista aux hordes siamoises est un très jeune bâtiment de 1819 Wat si Saket qui fut quand même restauré par les Français en 1924 et 1930.
Dans toute l’ancienne Indochine il est relativement exceptionnel de trouver une construction ancienne, les guerres ou les termites y sont passées avant les touristes. Les temples et pagodes dorées ne sont que les représentations récentes du passé dans le subconscient collectif. Les seuls vrais monuments sont ceux qui ont été protégés par la forêt ou par des accords interarmées pas toujours respectés, dont ceux, par exemple, concernant la région d’Hoï Han au Vietnam.
Je retrouve avec plaisir les lieux que je fréquentais l’an dernier. Cela m’inquiète, il en était de même à Bangkok. L’attachement aux lieux détourne de l’envie de voyager. L’explication pour Vientiane est peut-être simple, mon restaurant sur le bord du Mékong (seaside Mékong) a toujours sur sa carte les criquets et les grenouilles sautées que j’affectionne. Pour bien traduire toute la vérité, c’est surtout les feuilles d’une variété de basilique, délicatement grillées, qui les accompagnent que je trouve étonnantes.
De la terrasse du restaurant on a une vue sur les petites gargotes ambulantes qui installent leurs fourneaux en bordure du Mékong, avec leurs œufs couvés de 4 semaines et leurs feuilles, les poissons grillés du fleuve, des coquillages chauffés au charbon de bois que je mange avec ma sauce favorite : un jus de citron vert et un mélange à partie égale de poivre de Kampot et de sel façon Guérande.
En fait on est sur un bras du fleuve : à l’entrée de Vientiane la rivière entoure de ses eaux une grande île qui appartient à la Thaïlande. Le bras qui baigne Vientiane est de loin le plus étroit, le Mékong étant quatre fois plus large entre l’île et la rive thaïlandaise (environ 3 km).
J'aime bien le Mékong surtout de Can Tho au Vietnam jusqu'à Pak Beng à l’ouest de Luang Prabang. J’ai navigué de Can Tho presque jusqu’aux chutes de Khonn à la frontière lao-cambodgienne et je suis allé de Phnom Penh à Siemreap par le Tonlé Sap voir les temples Khmers. J’ai eu de la chance d’entreprendre mon voyage il y a quatre ans, les bateaux concurrencés par la route sont de plus en plus rares. Ma prochaine visite au Laos, s’il y en a une, sera réservée au nord laotien du Mékong.

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